
Après trois vagues de chaleur particulièrement féroces et rapprochées, une bonne partie des Français se sont tournés vers les climatiseurs mobiles. Les rayons ont malheureusement été dévalisés en un rien de temps, malgré les moyens déployés par les fournisseurs pour accélérer les réapprovisionnements.
Si vous avez eu la chance de mettre la main sur lâun de ces appareils, encore faut-il bien lâinstaller pour en profiter au maximum. Car derrière leur apparente simplicité, les climatiseurs mobiles cachent un défaut de conception majeur : en expulsant lâair chaud vers lâextérieur, ils contribuent aussi à faire entrer de lâair chaud dans la pièce.
Câest précisément ce défaut quâArthur Prince, connu sous le pseudonyme @Amir_Intel sur X, a voulu corriger. Avec Laminafab, il a conçu une pièce imprimée en 3D capable dâajouter un second tuyau à certains climatiseurs mobiles classiques. Interrogé par Numerama, il nous raconte comment ce bricolage personnel sâest transformé en produit — puis en succès.
Pourquoi les climatiseurs mobiles font aussi entrer de lâair chaud
Pour comprendre lâintérêt de son invention, il faut dâabord revenir brièvement sur le fonctionnement dâun climatiseur mobile. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, celui-ci ne produit pas du froid : il capte la chaleur présente dans la pièce, puis la rejette dehors grâce à son gros tuyau dâévacuation.
Le problème, câest que la plupart des climatiseurs mobiles utilisent également lâair de la pièce pour refroidir leur condenseur. Une partie de lâair que lâappareil vient de refroidir est donc aspirée, réchauffée, puis expulsée à lâextérieur.
Or, tout cet air rejeté doit bien être remplacé. La pièce se retrouve en légère dépression, ce qui attire de lâair extérieur par les portes, les fenêtres ou les moindres interstices du logement. En clair, tandis que le climatiseur tente de faire baisser la température, il contribue indirectement à faire entrer de lâair chaud.
Cela ne veut évidemment pas dire quâune clim mobile ne sert à rien. Elle peut bel et bien rafraîchir une pièce, surtout si celle-ci est petite et correctement isolée. Mais ce fonctionnement explique en partie pourquoi ces appareils consomment beaucoup dâélectricité pour des performances souvent décevantes, en particulier lorsque les températures extérieures deviennent extrêmes.
Un deuxième tuyau pour séparer les deux circuits dâair
La solution imaginée par Arthur est assez simple : ajouter un second tuyau au climatiseur. Son adaptateur, imprimé en 3D, vient recouvrir lâentrée dâair du condenseur située à lâarrière de lâappareil.
Au lieu dâutiliser lâair déjà refroidi dans la pièce, la machine aspire alors directement de lâair extérieur par ce nouveau tuyau, avant de le rejeter chaud par la gaine dâorigine. Les deux circuits sont ainsi séparés et le logement nâest plus placé en dépression.
Le Laminakit transforme donc, dans une certaine mesure, une clim mobile classique en modèle à double tuyau. Une architecture déjà connue, mais encore assez rare dans le commerce en France.
Arthur Prince nâest pas parti de zéro. Comme beaucoup de propriétaires de climatiseurs mobiles, il avait dâabord bricolé sa propre installation, avant de chercher une solution plus simple et plus propre. « Je suis passé dâun prototype à quelque chose de beaucoup plus facile à installer », raconte-t-il à Numerama. Lâobjectif : permettre à nâimporte qui dâajouter un second tuyau, « sans utiliser de scotch » ni se lancer dans « des montages chelous avec du carton ».
Le passage du bricolage au produit commercialisable a toutefois demandé plusieurs ajustements. « Avec lâimpression 3D, il y a souvent des ratés. Il faut tout faire pour les éviter, parce que si 100 personnes commandent, il faut réussir à produire les 100 pièces », explique-t-il.
Arthur estime gagner environ un degré grâce au kit, mais insiste surtout sur une meilleure diffusion du froid : « Jâai une fraîcheur qui est vraiment dans toute la pièce, alors quâavant câétait assez localisé. »
Un succès difficile à suivre
Mis en vente pour 27 euros hors frais d’envoi, le dispositif a rapidement attiré lâattention sur les réseaux sociaux. Beaucoup plus que son créateur ne lâavait anticipé.
« Je ne mâattendais pas à ce que ça marche autant », reconnaît Arthur. « Je ne peux même pas laisser le produit en ligne. Je suis obligé de le mettre tout le temps en rupture de stock parce que tout le monde lâachète et je nâarrive pas à suivre. »
Il a pour lâinstant écoulé une cinquantaine de kits, mais uniquement parce quâil limite volontairement les commandes. « Jâai fait 50 ventes. Ce nâest pas énorme, mais avec une production capable de suivre, je pourrais en faire beaucoup plus », estime-t-il.
Il travaille actuellement en flux tendu : lorsquâil ouvre les ventes, les pièces ne sont pas encore produites. Il doit ensuite les imprimer, préparer les colis et se rendre lui-même à La Poste. Une organisation difficilement tenable sur la durée. « Honnêtement, je ne suis pas prêt. Si ça continue, je passerai peut-être par Amazon », explique-t-il.
Le succès du Laminakit sâest également accompagné dâune vague de critiques. Plusieurs internautes ont reproché à Arthur de ne pas publier gratuitement les fichiers permettant dâimprimer soi-même lâadaptateur.
Un reproche quâil dit comprendre, tant la communauté de lâimpression 3D repose historiquement sur le partage de fichiers. « Je dois énormément à lâopen source et à tous les gens qui ont mis des modèles en ligne », reconnaît-il. Mais Arthur assume également le choix de commercialiser et protéger son invention. « Jâai quand même un but lucratif, et je nâai pas envie que mon fichier se retrouve dans la nature et que nâimporte qui puisse le proposer. »
Il estime aussi quâun fichier open source ne profiterait quâaux personnes possédant déjà une imprimante 3D. En vendant directement le produit fini, il espère au contraire rendre le système accessible à un public plus large. « Il y a aussi des gens qui peuvent en vivre, je pense que ce nâest pas interdit », résume-t-il.
Bientôt un deuxième adaptateur pour clims mobiles
Le Laminakit reste toutefois loin dâêtre universel. Dans sa version actuelle, il fonctionne uniquement avec les climatiseurs dont lâentrée dâair arrière est plate. De nombreux appareils aspirent aussi lâair par une grille placée dans un angle, ce qui complique fortement la conception dâun adaptateur étanche.
Un second modèle est justement en cours de développement. « Le prototype qui me prend le plus de temps et qui est presque commercialisable, câest celui pour les clims avec une entrée dâair en angle », précise-t-il. Arthur espère donc proposer au moins deux adaptateurs différents. De quoi couvrir davantage de climatiseurs mobiles, sans pour autant rendre le système compatible avec tous les appareils du marché.
Le Laminakit ne transformera pas une petite clim mobile en système split. Mais pour quelques dizaines dâeuros, il tente de corriger lâun de ses principaux défauts : expulser dehors une partie de lâair que lâon vient de refroidir.
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