« C’est un pur monopole que va faire Sony » : la fin des jeux PlayStation physiques met-elle en péril les boutiques ?

« C’est un pur monopole que va faire Sony » : la fin des jeux PlayStation physiques met-elle en péril les boutiques ?

« GTA 6, ce n’est pas grave en comparaison », préfère sourire Thomas ‘Gyo’ Bachellerie, interrogé par Numerama. Depuis 2011, il a occupé divers rôles dans le monde de la distribution de jeux vidéo, du bas de l’échelle (stagiaire) au rang le plus élevé (gérant). « Pas surpris mais un peu K.O. » par l’annonce de Sony, qui mettra fin aux jeux physiques PlayStation en janvier 2028, il s’apprête à ouvrir une nouvelle boutique. Le timing pouvait difficilement être pire.

En parallèle, Thomas ‘Gyo’ Bachellerie a déjà lancé une pétition pour alerter les pouvoirs publics. Intitulée « Non à la suppression du support physique dans le jeu vidéo », elle a déjà récolté près de 2 000 signatures. Il nous rappelle ainsi que « vendre des jeux vidéo est un savoir-faire », doublé d’un « devoir de prévention auprès des parents ». Une activité qui concerne des milliers d’emplois et des centaines de boutiques, aujourd’hui en péril par la nouvelle stratégie de Sony. S’il essaie d’être rassurant à court terme, il craint quand même une situation de « pur monopole », où Sony décidera des marges.

« Sony, on peut sâen passer », mais pas Nintendo

Thomas ‘Gyo’ Bachellerie estime que les boutiques ne sont pas en danger dans l’immédiat. Il argumente : « Il faut savoir que le marché a tendance à beaucoup ralentir par rapport aux nouveautés. Les nouveautés se vendent quand même de moins en moins bien en boutique et les jeux ont une durée de vie de plus en plus longue en boutique. Cela aurait été beaucoup plus problématique en 2010, quand chaque nouveauté avait de très grosses ventes et revenait très vite dâoccasion. Il fallait être très bien placé car câest là quâon faisait le plus dâargent. » Aujourd’hui, un jeu vidéo a une durée de vie bien plus importante dans les rayons, avec des prix maintenus dans le temps.

à lui d’ajouter que Sony ne concentre plus vraiment les ventes dans les magasins en France, où c’est surtout la Switch et la Switch 2 qui régalent (environ 70 % du chiffre d’affaires). « La vraie peur, câest que Nintendo prenne le relais », craint-il. Pour le moment, la firme nippone commercialise toujours des cartouches, quand bien même certaines sont vides.

Naturellement, il appelle à un boycott de la PlayStation 6, qui ne devrait pas sortir avant 2028. « Il nây a aucun monde où les boutiques doivent accepter ça. Jâai aucun doute sur le fait que la stratégie de Sony est dâabord de faire des jeux avec de la marge, comme GTA 6 car, avec GTA 6, on fait une marge quand on vend le jeu. Je n’ai aucun doute que Sony fera ça pour que les magasins continuent à leur faire de la publicité et que, par la suite, ils réduisent la marge », fait-il savoir, ajoutant : « Si Sony décide de ne faire que des codes, et que la marge câest 2 %, rien ne l’empêchera de le faire. »

« Une boutique spécialisée ne peut pas vivre sans le marché de lâoccasion »

Thomas ‘Gyo’ Bachellerie alerte aussi sur la nécessité de maintenir un marché de l’occasion, pour plusieurs raisons. La première tient dans la rentabilité même des boutiques, qui margent beaucoup sur les produits de seconde main, « Une boutique spécialisée ne peut pas vivre sans le marché de lâoccasion. Câest impossible. Câest le seul marché sur lequel on gagne de lâargent, en dehors des goodies. » Sachant que les goodies ne rapportent plus autant qu’avant â même les figurines Funko.

Le marché de l’occasion est aussi une immense manne financière pour l’Ãtat, qui gagne de la TVA à chaque fois qu’un jeu passe d’une main à l’autre. C’est pour cette raison qu’il a décidé de rapidement alerter le pouvoir public, qui « doit se bouger ».

à cela s’ajoute le fait que les revendeurs spécialisés n’ont pas vraiment d’alternatives. Thomas ‘Gyo’ Bachellerie nous rappelle effectivement qu’ils sont bloqués par ce que l’on appelle un bail commercial â lequel les autorise à vendre tel ou tel type de produits. Légalement, « Micromania ne peut pas vendre des canettes ou des sandwichs ». La pure réinvention est donc compliquée, à moins de rédiger un nouveau bail commercial, ce qui coûte bien évidemment de l’argent.

En somme, personne ne sort gagnant de cette annonce. Sauf Sony, à condition de mettre de côté son image de marque.

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