Backrooms : 6 romans à lire en 2026 pour retrouver l’ambiance unique du film

Backrooms : 6 romans à lire en 2026 pour retrouver l’ambiance unique du film

Même si les Åuvres comme Backrooms de Kane Parsons sont inventives à bien des égards, elles n’ont fait que réinterpréter quelque chose que la littérature explorait déjà depuis quelque temps maintenant, et que le succès du film a justement rendu plus visible.

Sans remonter à lâorigine des espaces liminaux dans la littérature â ce qui nécessiterait sans doute au moins une bonne heure de lecture minimum — il suffit de constater que le genre en regorge déjà au cours du XXe siècle, que ce soit concrètement dans la littérature fantastique, ou de manière plus métaphorique dans la littérature dite classique.

La littérature gréco-romaine est effectivement traversée par des espaces liminaux, câest-à -dire des lieux de transition où les règles habituelles ne sâappliquent plus. Dans la mythologie grecque, par exemple, lâHadès et le Styx fonctionnent comme des espaces liminaux : on ne veut pas y aller, on peine à en revenir, et les descriptions faites en sont floues et étranges. Dans lâOdyssée, le voyage dâUlysse est aussi une succession de zones intermédiaires, sorte de frontières floues à la lisière de l’étrange.

Dans le folklore plus large et plus proche de nous, ce type de logique est partout : forêts où lâon se perd, bâtiments mystérieux et/ou hantés, ou royaumes qui ne répondent pas à nos règles, comme dans Le Magicien d’Oz de Lyman Frank Baum, ou Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Quels romans lire pour prolonger la sensation des backrooms ?

Les espaces liminaux modernes puisent leurs sources dans des récits très anciens, où lâidée centrale était déjà que certains lieux ne sont pas stables. Depuis quelques années, Internet est devenu un véritable vivier pour ces histoires, diffusées sous forme de creepypastas, avant même que les premières photos dâespaces liminaux nâapparaissent sur la toile.

Voici six romans contemporains qui se déroulent dans des espaces synonymes dâétrangeté, où les perceptions sont faussées, les lois de lâarchitecture perturbées, et les couloirs interminables.

La Maison des feuilles

Bien sûr que La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski est dans cette liste, et bien sûr quâil est cité en premier. Souvent considéré comme lâun des romans contemporains qui a le plus influencé lâidée dâespaces liminaux, La Maison des feuilles est un objet littéraire étrange, difficile à résumer, sorti en 2000 (2002 en France) pour sa première édition.

Le roman raconte avant tout lâhistoire de Johnny Errant, qui tombe sur le manuscrit dâun vieil aveugle nommé Zampanò, un manuscrit qui n’est autre que l’analyse détaillée dâun mystérieux documentaire. Le livre alterne alors entre plusieurs niveaux de récit : Johnny qui commente les écrits de Zampanò, Zampanò qui analyse le film, intitulé The Navidson Record, et ce film lui-même.

The Navidson Record raconte lâhistoire dâune maison dont lâintérieur défie les lois de lâarchitecture. Derrière une simple porte qui est censée donner sur l’extérieur, un espace apparaît : un couloir froid, sombre, qui nâaurait normalement aucune raison dâexister. à lâintérieur, des couloirs labyrinthiques, un escalier infini, et une multitude de pièces annexes qui semblent se reconfigurer elles-mêmes, ponctuellement accompagnées de bruits inquiétants.

Câest cette partie-là qui nous intéresse vraiment ici : lâexploration dâun espace qui ne devrait pas exister, mais qui sâimpose comme une réalité instable. Alors oui, La Maison des feuilles nâest peut-être pas un très grand roman au sens littéraire du terme — on vous laissera juger à la lecture — mais la section du Navidson Record est hypnotique et franchement angoissante, comme rarement dans un roman.

Mark Z. Danielewski signe un livre profondément déroutant, y compris dans sa structure même. Entre un film dâhorreur des années 80 loué dans un vidéo-club et un manuscrit maudit retrouvé dans une maison hantée, La Maison des feuilles est sans doute le roman qui se rapproche le plus de lâesprit des backrooms : un espace architectural impossible, où la perception se dérègle et où lâon finit toujours par se perdre.

Strange Houses et Strange Buildings

Dans une autre veine, mais avec une efficacité redoutable, on peut aussi citer Strange Houses et Strange Buildings de Uketsu, ce YouTubeur japonais passé maître dans les récits de lâétrange. Deux ouvrages qui touchent exactement à ce qui nous intéresse ici : lâarchitecture pas nette.

Dans ces deux romans sortis respectivement en 2021 et 2023 chez nous â pas forcément très bien écrits, soyons honnêtes, mais diablement efficaces — on suit des plans de maisons, des schémas de bâtiments, des descriptions de pièces qui semblent normales, mais où un détail cloche toujours. Une fenêtre mal placée, un couloir qui ne devrait pas exister, une pièce sans logique fonctionnelle.

Chez Uketsu, lâhorreur vient directement de lâespace lui-même, à travers une architecture incohérente, sans règles, où la familiarité se dérègle peu à peu jusquâà devenir franchement inquiétante. On glisse alors, sans vraiment sâen rendre compte, vers des formes dâespaces liminaux.

Le tout est présenté dâune manière très froide, presque clinique : dessins techniques, explications factuelles, notes dâobservation. Et pourtant, au fil des pages, quelque chose déraille. On comprend progressivement que ces bâtiments ne tiennent pas selon les lois ordinaires de la logique.

Héritier à la fois de décennies de cinéma dâhorreur japonais et des codes dâInternet, Uketsu appartient à cette génération qui maîtrise autant les mécanismes du genre que les nouvelles formes dâangoisse en ligne. Ãa se lit vite, ça accroche immédiatement, et surtout, ça reste longtemps dans un coin de la tête.

Piranèse

Dans Piranèse, paru en 2020, de l’autrice Susanna Clarke, le protagoniste, connu sous le surnom de Piranèse, vit dans un lieu énigmatique appelé le Palais. Ce Palais est un monde composé dâune infinité de salles et de vestibules, remplis de statues. Dâun point de vue architectural strict, rien nâa vraiment de sens : aucune logique de construction, aucune explication sur ce quâest réellement cet endroit. Il existe simplement, et le personnage principal y est perdu.

Pour accentuer encore la bizarrerie des lieux, on y trouve des nuages dans les niveaux supérieurs, des mers et des lacs dans les niveaux inférieurs, ainsi que des marées qui modifient constamment le calme apparent du Palais. Piranèse consigne dâailleurs ces cycles dans un carnet, où chaque salle reçoit un nom à rallonge, répété presque mécaniquement au fil des pages, comme si les lectrices et les lecteurs y étaient eux aussi enfermés.

Pour Piranèse, le Palais est vivant, il existe environ quinze personnes dans ce monde, et tout lui paraît parfaitement normal â y compris le fait quâil ne sache ni comment ni pourquoi il est là . Le protagoniste ne remet jamais rien en question, et c’est ça qui constitue avant tout l’étrangeté du roman.

Même si lâon pourrait contester quelques choix dans la trame principale, qui atténuent un peu lâétrangeté du cadre du roman, Piranèse marque par la démesure de son Palais, que lâon aimerait voir lâautrice explorer pendant des milliers de pages. On vous met au défi de lâcher le livre avant la fin.

The Shining

Ãtonnant, et pourtant, dans The Shining de Stephen King, lâespace joue un rôle central, presque plus important que les personnages eux-mêmes. Le récit se déroule dans lâhôtel Overlook, un bâtiment immense, isolé en montagne, qui devient progressivement un véritable labyrinthe mental pour le personnage de Jack Torrance.

Lâhôtel lui impose des couloirs qui semblent sâétirer sans logique, certaines pièces paraissent surgir ou disparaître, et les déplacements deviennent de plus en plus confus, comme si lâarchitecture elle-même se retournait contre lui. LâOverlook nâobéit pas aux règles traditionnelles de lâarchitecture, mais impose sa propre logique, ce qui rend le lieu dâautant plus inquiétant. Que ce soit dans la plus pure tradition du lieu hanté, ou plus sournoisement à travers le prisme de lâalcoolisme du personnage principal, lâhôtel entretient une impression constante de désorientation.

La familiarité apparente des lieux est trompeuse. Au fur et à mesure de la lecture, lâhôtel devient presque vivant : il semble se souvenir, observer et influencer les comportements. Pour Jack Torrance, cette perte de repères spatiaux accompagne une lente descente dans la folie, dâailleurs parfaitement retranscrite dans le film de Stanley Kubrick.

Dans The Shining, lâespace nâest jamais neutre. LâOverlook est un espace liminal par excellence. Un roman publié en 1977, bien avant que le terme d’espace liminal ne devienne aussi utilisé dans la littérature contemporaine et sur Internet.

Les Tombeaux dâAtuan, Terremer tome 2

Ãtonnamment, dans Les Tombeaux dâAtuan dâUrsula K. Le Guin paru en 1971, le deuxième tome de son chef-d’Åuvre Le Cycle de Terremer, lâespace joue un rôle central. Le récit se déroule principalement dans le complexe souterrain des Tombeaux, un lieu ancien, fermé et coupé du reste du monde, qui devient progressivement une véritable prison mentale pour Tenar, la jeune prêtresse au cÅur du récit, et une prison physique pour Ged, le héros de Terremer.

Les Tombeaux dâAtuan forment un dédale de couloirs obscurs, de salles cachées et de passages qui échappent à toute cartographie. Lâabsence de lumière, la profondeur du lieu et la complexité du réseau souterrain créent une sensation permanente de désorientation, aussi bien pour Tenar que pour les lectrices et lecteurs. Le lieu nâest pas seulement un décor religieux : câest également un espace hanté par des divinités dont personne nâest véritablement certain de lâexistence.

Câest aussi une manière pour Ursula K. Le Guin dâaborder la question de la religion, quâelle présente ici comme une forme de prison mentale capable dâasservir et dâenfermer les individus. Une idée qui nâest finalement pas si éloignée du film Backrooms de Kane Parsons : les Tombeaux dâAtuan sont un cauchemar où les repères habituels deviennent incertains, mais aussi un passage vers une nouvelle compréhension de soi.

Jâen profite dâailleurs pour recommander chaudement Le Cycle de Terremer, 29,90 ⬠pour 2 000 pages de bonheur, qui reste lâune des plus grandes Åuvres de la fantasy littéraire, et qui n’a rien perdu de sa pertinence en 2026.

La Fin des temps

Dans La Fin des temps de Haruki Murakami, paru en 1992, le récit alterne entre deux réalités qui semblent dâabord séparées : une Tokyo futuriste et étrange, puis une autre ville, plus mystérieuse, qui paraît beaucoup plus limitée dans son espace, et qui devient rapidement un espace hors du monde.

Chez Haruki Murakami, les lieux sont rarement de simples décors : ils deviennent des espaces mentaux, des reflets des émotions et des questionnements des personnages. Avec cette double ville figée, Haruki Murakami explore lâétrangeté du monde, la mémoire, la solitude et la manière dont nous nous construisons à travers nos souvenirs.

La Fin des temps ne parle pas seulement d’un endroit mystérieux : câest aussi un espace presque mythologique, où les frontières entre réalité, rêve et identité deviennent floues. Haruki Murakami livre ici son roman le plus étrange — oui, je sais, câest difficile de faire un classement avec cet auteur — mais aussi lâun de ses plus mélancoliques.

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